Étrangeté

Je suis depuis longtemps fasciné par la folie. Je la considère davantage comme une variante dérangeante de la normalité que comme une vraie pathologie. Un peu comme une capacité à franchir des limites infranchissables pour la plupart des gens. Un super-pouvoir.

Lorsque je lis un livre d’un auteur prolifique, pourvu qu’il me plaise, je fais en sorte de lire d’autres ouvrages de sa production. Souvent (pas toujours mais souvent) je constate que l’auteur(e) traite d’un thème récurrent au travers des ouvrages qui se succèdent dans sa bibliographie. Comme s’il creusait une idée comme on creuse un filon aurifère. Il ou elle a trouvé une source à l’intérieur de lui(elle)-même et l’exploite.

Certains auteurs, au contraire, se renouvellent totalement d’un livre à l’autre, explorent des univers toujours différents. Comme des orpailleurs particulièrement chanceux , des veinards qui, débarquant n’importe où avec leur tamis, se dirigent vers la rivière et trouvent vite des pépites dans les alluvions.

Il me semble malheureusement que je fais douloureusement partie de la première catégorie d’écrivains. J’ai un intérêt particulier pour les situations étranges. N’entends pas par là quelque attrait pour le paranormal ou le surnaturel, qui ont systématiquement trait au spiritisme et que je déteste de tout mon cœur.

Non. Je me sens touché par l’étrangeté normale. L’irrationnel banal du quotidien qui parfois nous fait craindre une forme ou une autre de folie. Chercher ses clés partout pendant 10 minutes alors qu’elles sont dans ta main. Ouvrir le frigo et y trouver le sucre en morceaux, demander à ta femme pourquoi elle a mis le sucre dans le frigo et l’entendre te répondre qu’elle n’a pas touché au sucre. Alors, simplement, tu prends la boîte sur la tablette du réfrigérateur, elle est froide dans tes mains, tu refermes le frigo et tu vas mettre la boîte de sucre en morceaux dans le placard à sa place habituelle. Le monde autour de toi tourne toujours à la même vitesse, rien n’a changé mais tu as l’impression que les limites de l’univers viennent de reculer un peu…

Lorsque j’envisage d’écrire dans l’esprit d’être publié, je suis à la fois terriblement attiré par des projets qui s’inscriraient dans une thématique approchante et je me dis qu’il me faut repousser de telles idées. Les gens aiment quand tout s’explique. Quand tout fait sens, que la raison et la logique dominent. Et en un sens, c’est presque un devoir d’écrivain que de rester dans le plausible, à l’intérieur des structures qui encadrent un réel qui doit être le même pour tous.

Pourtant la vie, la vraie vie, celle du quotidien, ne s’embarrasse pas de ce souci de l’acceptation par la raison. On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. C’est que la fiction est régie par des codes, des normes plus ou moins élastiques mais cependant existantes. La réalité ne s’encombre pas de limites. Si j’écris qu’une foule d’un millier d’américains envahissent le Capitole en marchant à la suite d’un néo-nazi torse nu pourvu de cornes de bison sur la tête et que la police n’intervient pas, l’éditeur ou l’un des membres du comité de lecture trouvera à dire que c’est trop invraisemblable pour intervenir dans le cours du récit… Mais ça arrive.

Si j’écris qu’un cratère est surgit d’un seul coup sur le parking d’un supermarché et a englouti une dizaine de véhicules avec parfois des gens dedans, on me dira « non M’sieur, elle tient pas debout votre histoire ». Mais ça arrive.

Si j’écris des choses trop étranges on risque de penser que je suis peut-être un peu dérangé. Mais est-ce qu’on vit dans un monde bien rangé ? Est-ce que tout est en ordre ? Vraiment ?

Depuis plusieurs jours lorsque je me lève après ma nuit de sommeil, je trouve des … trucs bizarres dans mes draps. Comme des grosses chips oranges très épaisses. Une seule à chaque fois. Légères. J’en ai cassé une, j’ai reniflé pour comprendre. Aucune odeur. Je n’ai pas osé la porter à mes lèvres. Quand j’en trouve une nouvelle, je la jette dans les toilettes et je tire la chasse. J’ai d’abord été tenté de les recueillir dans une boîte ou un bocal mais lorsque ma femme m’aurait demandé ce que c’est j’aurais du lui répondre que je n’en savais rien, que je me contentais de les ramasser dans les draps au réveil. Pas loin de l’oreiller.

Quelques années plus tôt c’était des boutons. Des boutons de mercerie. De différentes tailles, de différentes couleurs. De la même façon je les trouvais dans mon lit, au réveil, pas loin de l’oreiller. J’en ai parlé dans un article intitulé Boutons. Puis plus rien.

Qu’est-ce qui est plus étrange ? Ces quelques lignes te semblent-elles provenir d’un esprit dérangé ?

Les journalistes parlent d’un virus inconnu qui paralyse le monde entier depuis presque un an tuant des milliers de personnes dans tous les pays. Un drôle de truc qui oblige les citoyens à porter des masques, leur interdit de sortir après 18 heures à moins d’être munis d’une autorisation … qu’ils auront établi eux-mêmes. Mais s’ils manquent de s’autoriser eux-mêmes à sortir, ils doivent payer une amende. Franchement, ça tient debout plus que mon histoire de chips dans les draps ?

Elle en est où la réalité ?

Elle est où la folie ?

Photo de Jonathan Borba sur Pexels.com

4 commentaires

  1. Cher Christophe, encore un article parfait ! Merci merci, merci ! Et tout comme toi, j’appartiens résolument à la première catégorie. Je ne le fais pas exprès, tu t’en doutes, mais il s’avère que tous mes personnages ont un grain. Un petit, un gros, un très gros, ça dépend, mais tous, ils en ont un.

    Aimé par 1 personne

  2. La folie, on la vit tous les jours dans ce système de choses.
    Par exemple :
    C’est de ne plus savoir parler à une personne sans utiliser un smartphone. C’est de s’évader en regardant la télévision au lieu de se promener dans la nature. Ce qui revient à regarder la vie des autres au lieu de vivre la sienne.
    C’est de se faire soigner par des médicaments chimiques plutôt que d’utiliser certaines plantes plus efficaces.
    C’est de tuer des millions d’innocents, de supprimer des vies par l’avortement pour un simple désir de confort égoïste.
    Pffffff… Il y a tellement de stupidités dans ce monde (de stupidités devenues « normales ») … La liste est encore longue…

    Que le royaume de Dieu vienne et remette de l’ordre sur la terre 🌏

    Bonne journée en attendant 😉

    Aimé par 1 personne

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