Capitaine mots

Je voulais d’abord titrer Captain Superslip Words mais je ne voulais pas sembler critiquer ce gentil petit film d’animation que j’était allé voir au cinéma avec un groupe d’enfants il y a déjà presque quatre ans.

Bon, c’était surtout pour faire plaisir aux enfants. Le film n’était pas mal en soi mais ce dont je me souviens n’est pas en rapport direct avec l’histoire du film. En fait, le truc c’est que comme je me lève très tôt pour aller bosser, l’après-midi il m’arrive parfois de sévèrement piquer du nez dès que je suis assis un tant soit peu confortablement. Or, quoi de plus confortable qu’un siège de cinéma ? Je veux dire, à part un autre siège de cinéma encore plus confortable ? J’étais donc confortablement installé dans mon siège de cinéma, à regarder Captain Superslip et je piquais du nez… Et chaque fois que j’ouvrais les yeux, je me trouvais face à face avec ma petite Sahana (qui avait donc à peu près sept ou huit ans à l’époque) qui me regardait piquer du nez. Elle me regardait en souriant : « Tu dors ? » Et moi : « Non, non, Sahana, je regarde le film. » En fait je ne regardais pas le film, je piquais du nez. Et elle ne regardais pas le film non plus, elle me regardait piquer du nez. Tu me diras que ça n’a rien à voir avec le corps du récit, bien qu’en fait tu l’ignores puisque tu n’as pas encore lu la suite, mais en revanche comme tu es une malheureuse victime de mes digressions prématurées et intempestives, tu sais.

Bon, je cède sous ta pression, venons-en au fait. La semaine dernière ou celle d’avant, je suis nul en chronologie et en plus ça ne change pratiquement rien à ce qui va suivre donc on s’en moque un peu, j’étais allé perdre un peu de mon précieux temps sur Facebook ou ailleurs mais je crois que c’était Facebook et j’étais tombé sur une publicité, ou plutôt une annonce, pour être précis, d’un site qui recrutait des rédacteurs pour le web. L’annonce était en anglais mais elle stipulait que le site recherchait des rédacteurs français en télétravail à temps partiel ou complet. Comme j’ai le profil et du temps à perdre sur Facebook j’ai le potentiel pour passer du temps à écrire, me suis-je dit avec douceur. (Je fais toujours preuve de beaucoup de douceur et d’humour lorsque je m’adresse à moi-même, le monde est par trop pénible, il faut prendre soin de soi.) J’ai donc répondu à l’annonce et par là-même postulé en qualité de web rédacteur français en attendant de voir la suite.

J’avais oublié cette anecdote jusqu’à ce que je reçoive un mail ce matin, dont l’expéditeur était Captain Words. Le mail était intégralement rédigé en anglais mais comme je comprends l’anglais j’ai compris. Bon, le type se présente, il est DRH du groupe, il gère pas moins de 400 web rédacteurs dans plus de 60 langues pour une boîte qui existe depuis 3 ans et connait une belle expansion. Il est content que j’ai postulé mais il veut d’abord clarifier deux trois points.

La rémunération

Le mec ne fait pas durer le suspens, il annonce d’emblée combien je vais gagner grâce à ce business juteux. Bon, déjà la boîte paye via Paypal, Payoneer ou par virement, le 14 du mois. Mentalement je compare avec la plateforme de web rédaction avec laquelle je bosse déjà et où j’ai l’opportunité de me faire virer (de l’argent) dès que j’ai gagné 10 € et je me dis que c’est moins bien. Mon intérêt décroit. Mais je poursuis.

La traduction (de l’anglais vers le français) est payée 0,015 $ par mot. Bon, je manque de m’étrangler mais je tousse un peu (dans mon coude), je crache (dans mon masque) je reprends mon souffle puis la lecture du mail. La rédaction originale complémentaire est payée 0, 004 $ par mot. Je m’allonge un peu et commence à faire quelques exercices de respiration pour me détendre et tenter de retrouver un rythme cardiaque normal. Calmé, je relis pour être sûr que je n’ai pas ajouté un zéro mentalement ou subrepticement déplacé une virgule par la seule force d’une pensée négative. Mais non.

Ensuite le type veut quand même vérifier à qui il a affaire avant de commencer à m’enrichir d’où une série de questions:

  • est-ce que j’ai de l’expérience dans la production d’écrit et dans la traduction ?
  • quelles langues est-ce que je maîtrise ?
  • est-ce que j’ai déjà écrit pour promouvoir des casinos en ligne ?
  • combien d’heures par jour serais-je prête à travailler ?

Ma réponse

En fait je n’ai pas répondu à son mail pour plusieurs raisons qui tiennent précisément à la réponse que j’aurais du lui donner. Oui, j’ai de l’expérience dans le domaine de l’écriture puisque je suis blogueur, écrivain et web rédacteur même si je gagne ma vie en faisant des bretzels. Je maîtrise seulement le français mais pas encore totalement, toutefois je peux m’efforcer de comprendre et de traduire quatre autres langues dont deux dans lesquelles j’ai déjà rédigé. Je n’ai jamais rédigé pour promouvoir des activités basées sur le jeu en ligne parce que ma conscience considère que l’avidité est un mal à combattre plutôt qu’une vertu à encourager. Combien d’heures par jour serais-je prêt à travailler ? Ben, au regard du prix par mot pas une seule seconde en fait, je touche déjà sept fois plus, voire douze fois plus dans le cas d’une commande directe sur la plateforme avec laquelle je bosse déjà et en plus, j’ai le plaisir d’avoir des interlocuteurs francophones.

Merci Captain Words, mais décidément, non, je ne suis pas intéressé.

2 commentaires

  1. Y’en a vraiment qui doutent de rien… Mais parfois, la vapeur s’inverse. Si, si, ça arrive. Pas souvent, mais parfois. La boîte de formation pour laquelle je mène en tant que comédienne des entretiens d’évaluation, rechignait à se fendre d’un don au bénéfice de mon association. Or pas plus tard que ce matin, le chef en chef du lieu me prend à part pour m’annoncer des défraiements à venir, calibrés en fonction de mes prestations – j’attends juste qu’il me fasse savoir jusqu’où ira sa générosité. Et du même coup, il me propose de créer un spectacle à partir des entretiens que je mène de main de maîtresse paraît-il et avec un brio non égalé à ce jour. Mon compagnon, avec son optimisme indécrottable me dit que c’est du flan. Possible. Et même, probable. A voir…

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  2. Possible que ce soit du flan, mais possible aussi que ce n’en soit pas. Reste à voir. Je te souhaite que ce soit quelque chose de très enthousiasmant.

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