Les Abysses, de Rivers Solomon

J’ai envie d’écrire tellement de belles choses à la sortie de la lecture de ce roman que je ne sais même pas par où commencer.

Commençons par la couverture et par la coïncidence de sa présence à la bibliothèque juste à côté du livre Sirènes, de Laura Pugno aux éditions Inculte. C’est d’abord cette association visuelle tellement esthétique qui m’a attiré. Et j’en profite pour saluer et complimenter Aux forges de Vulcain pour leur charte graphique tellement élégante.

La quatrième de couverture

Lors du commerce triangulaire, quand une femme tombait enceinte sur un vaisseau négrier, elle était jetée à l’eau. Mais en fait, toutes ces femmes ne sont pas mortes. Certaines ont survécu, se sont transformées en sirènes et ont oublié cette histoire traumatique. Un jour, l’une d’entre elles, Yetu, va leur rappeler.

Il n’en fallait pas plus pour me décider à emprunter ce bouquin.

Ce que j’en dis

Cette lecture fut bien davantage qu’une belle découverte : une claque littéraire, un bouleversement affectif.

Parce que Rivers Solomon parvient à donner tellement de substance à Yetu, à son malaise, au poids de son fardeau d’historienne que le lecteur en vient rapidement à porter avec elle la charge et à s’interroger sur les notions d’individualité au sein du groupe. Sommes-nous les otages de notre héritage ? Est-ce que l’histoire de notre peuple nous asservit à ce que la souffrance a de collectif ? Comment se libérer de cette blessure sinon en se détachant de ce qui nous lit à la collectivité. Peut-on sortir du monde sans avoir l’impression d’abandonner ceux qui y demeurent ? Les questions restent ouvertes et le bouquin refermé elles continuent de nous travailler.

La seconde partie de ce court roman fait intervenir un autre personnage, Oori. Et là encore, le lecteur (moi en l’occurrence) se trouve envahi par les sentiments nouveaux, inédits et inouïs qui submergent la sirène. C’est tellement réussi, à la fois viscéral et intelligent.

Le style de l’œuvre est simple et profond, accessible et hermétique, troublant par ses paradoxes. Onirique et ancré dans la réalité de l’histoire, il nous amène à l’expérimentation de sentiments à la fois confus et incoercibles.

Puis vient la postface qui nous renseigne de manière tellement utile sur la genèse, le contexte, la matrice de l’œuvre. Celle-ci prend encore davantage de corps en quelques lignes et le plaisir du lecteur en est ravivé.

Rivers Solomon m’a profondément touché et c’est avec plaisir que, les flots musicaux de Drexciya se déversant voluptueusement à l’intérieur de ma tête, je désire saluer son splendide talent d’écrivain par ces quelques lignes admiratives.

Les Abysses, de Rivers Solomon, Aux forges de Vulcain.

200 pages en édition brochée pour 18 €.

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