Écrire encore 2/2

Bon, comme je sais que tu es dans une attente impatiente qui t’a probablement privé(e) d’une bonne nuit de sommeil et que tu n’as plus goût à rien, que plus rien ne t’intéresse dans la vie sinon lire la suite de mon article d’hier, je ne vais pas te faire souffrir inutilement.

J’aurai pu attendre la soirée, continuer à te laisser languir, mais non, décidément, je ne veux pas te faire souffrir. Et c’est précisément pourquoi je continue à écrire.

Je m’explique.

Car nous savons que jusqu’à maintenant toute la création ne cesse de gémir ensemble et de souffrir ensemble.

Romains 8:22

En fait je crois que ce constat n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui (sauf peut-être demain) et que c’est là la clé.

Si je réfléchis aux raisons qui me poussent à lire, il y a cette nécessité impérieuse, urgente, suffocante, de prendre des distances d’avec la réalité ambiante trop pesante, trop sombre, trop mortifère. Lire c’est quitter le monde pour en gagner un autre ou s’abriter, un monde imaginaire dans lequel on ne risque rien. Quand bien même l’histoire dans laquelle on s’immerge alors est un peu pathétique, ou même beaucoup, ce n’est pas grave, on prend plaisir à supporter le souffrance de l’autre plutôt que de continuer à s’effondrer dans celle qui nous est propre.

C’est le privilège du lecteur. Je ne sais pas si le téléspectateur qui s’abreuve d’inepties cathodiques poursuit inconsciemment le même but mais je peine à penser qu’il puisse jamais l’atteindre. (Ce jugement est totalement arbitraire, je n’ai pas de téléviseur, je suis donc incapable de juger correctement.)

Mais l’auteur, l’écrivain, possède un privilège plus grand encore.

Le privilège de l’écrivain

Imagine un naufrage. Le naufrage d’un immense bâtiment qui chavire sur une mer agitée mais pas trop. Les naufragés savent tous nager et il y a là une bouée de sauvetage immense, solide, orange, qui brille sur la surface de l’eau. Elle est tellement grande qu’il y a de la place pour tous les naufragés.

Cette bouée c’est la littérature. Et l’écrivain est celui qui jette la bouée à la mer. Pas une bouteille, non, une bouée. A laquelle s’agripper au lieu de se noyer, une bouée où l’on va pouvoir reprendre ses forces et ses esprits au milieu de la tourmente.

La bouée n’empêche pas le bateau de couler mais elle empêche les naufragés de perdre espoir. Elle ne change absolument rien à la situation, il n’est pas dans son pouvoir de faire remonter à la surface le bateau, ni même de nourrir les naufragés ou de les réchauffer. Encore moins de leur garantir le salut.

Mais elle leur procure cependant un réel réconfort. Tous agrippés à cette grande bouée orange qui dérive peut-être vers le large, peut-être vers la terre, on ne sait pas, les naufragés trouvent la force de se sourire un peu, échangent quelques larmes ou bien quelques mots.

Photo de jasmin chew sur Pexels.com

Tout le monde ne possède pas la capacité de lancer cette bouée à la mer.

C’est le privilège de l’écrivain.

C’est la raison qui me pousse à écrire encore et encore.

Tant que quelqu’un aura besoin de s’accrocher, j’écrirai.

2 commentaires

  1. On s’accroche, on s’accroche ! On lit. Et on écrit aussi.
    J’aime beaucoup ton « sauf peut-être demain » : preuve d’un optimisme à tout crin, qui en viendrait presque à faire la nique au mien…

    J'aime

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