Magma, de VII

Un titre singulier, un pseudo qui l’est tout autant.

Le récit est au diapason : précis, original, surprenant et glaçant.

Davantage qu’un simple roman, Magma tient à la fois d’une expérience esthétique sobre à la violence intrinsèque et d’une mise en alerte quant aux (tentatives de) manipulations dont nous faisons l’objet jour après jour au hasard des rencontres.

Le résumé

Célèbre icône de l’hyperforme, Deborah Sapoznik cherche à prendre ses distances avec le monde de l’art. Le temps d’un été, elle emménage avec son fils Yoni sur l’île de Napampark. Rapidement, l’adolescent tombe sous l’emprise d’une voisine qui souhaite l’initier à une obscure pseudo-science appelée psynésie. Programmé par des mots déclencheurs qui produisent chez lui de vives réactions émotionnelles, il sombre peu à peu dans la psychose et devient une menace pour tous les habitants de Napampark.

Un univers paranoïde et glaçant basé sur d’effrayantes techniques de contrôle mental. Certainement le roman le plus inquiétant d’un auteur décidément hors-norme.

Ce que j’en dis …

VII est un auteur indépendant qui revendique son parcours hors du circuit traditionnel de l’édition. Il évolue donc non pas dans un sous-univers mais dans un univers parallèle qu’il a baptisé ANTIMONDE.

Son choix est on ne peut plus respectable d’autant qu’il offre une littérature qualitative et que les produits physiques sont à la hauteur des normes habituelles de qualité des belles maisons d’édition. Cela suppose un énorme travail de conception artistique en plus de la pure démarche littéraire et je tenais à le saluer.

Pour en venir au récit, j’ai cru être moi-même l’objet d’une manipulation lorsqu’en refermant le livre je constatai qu’il faisait plus de 200 pages alors que mon sentiment était d’en avoir lues 40. C’est un peu l’impression que donne un excellent orateur lorsqu’il prononce un discours d’une heure et que son auditoire aurait estimé le temps de la conférence à quinze minutes tant il était captivant.

Parce que si VII est effectivement un auteur hors-norme, il n’en maitrise pas moins des procédés d’écriture efficaces. Magma est à la fois effrayant et dérangeant mais aussi très agréable à lire. Confortable et pénible tout à la fois. En un mot : réussi.

Bret Easton Ellis prenant des drogues un peu moins lénifiantes écrirait sans doute ce genre de littérature. Magma semble dénoncer la naïveté bobo d’une classe aisée en quête d’épanouissement par la reconnaissance et la démarche opportuniste de charlatans new age avides de contrôle.

Mais le propos est peut-être plus alarmiste qu’il n’en a l’air. La pensée paranoïaque pousse à prendre la menace de la manipulation mentale au sérieux. Ainsi, s’il est reconnu que certaines sources de lumière vives et saccadées peuvent déclencher des crises d’épilepsie chez des sujets sensibles, l’auteur explore de son côté la piste non pas de la lumière mais du son. Et si c’était vrai ?

D’ailleurs en lisant ce bouquin, j’essayais d’imaginer la bande son des productions de Yoni que ce jeune artiste se refuse à appeler de la musique mais préfère qualifier de sonorités. Une version décousue et minimaliste d’Einstürzende Neubaten me vint à l’esprit.

Bien entendu, en vérité, si de telles sonorités existent réellement, peut-être vaut-il mieux s’abstenir de les écouter … au regard de ce qu’elles déclenchent dans Magma.

Par ailleurs, VII porte un regard sans concession sur le monde de l’art. Ici la peinture. Il écorche aussi au passage ce milieu qu’on qualifie aujourd’hui d’événementiel, personnifié ici en l’insipide Vernel Saint-Georges.

Dire qu’il s’agit d’un livre de science-fiction engagée relève certainement du pléonasme mais j’ose le faire par souci d’exactitude tant il est vrai que certaines productions qui se réclament de cet univers ne portent malheureusement pas la marque de cet engagement.

Ici, il s’inscrit dans une démarche artistique précise et finement élaborée qui a piqué ma curiosité et gagné mon intérêt.

Pour conclure, précisons que bien que le personnage principal du roman, Yoni, soit un adolescent, Magma n’est pas de la littérature pour ados ou jeunes adultes dans sa proposition première même si elle saura intéresser les esprits les plus ouverts d’un public particulièrement concerné – en est-il conscient ? – par les recherches bien réelles concernant les techniques de manipulation mentale.

Maintenant je vais écouter un peu les Einstürzende Neubateun …

Magma, de VII est édité par Sonatine Artistes et disponible sur Antimonde.

Le livre broché de 205 pages est vendu 16,99€.

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