Cave 72, de Fann Attiki

J’ai craqué sur le titre et la couverture, lu la description en diagonale, et imaginé qu’il s’agissait des tranches de vie d’une population vivant dans des caves. Une sorte de vision underground de La Tour de Doan Bui.

Après la vision d’une autrice asiatique narrant la vie dans les étages, je m’attendais à entendre la voix élégante d’un slameur africain dans le sous-sol de ladite tour (ou d’une autre).

Je me suis lourdement trompé, la Cave 72 est loin d’être celle que j’imaginais, mais je suis très heureux d’avoir fait ce choix de lecture.

Il y a des erreurs heureuses.

Le résumé

Un prix littéraire, crée en partenariat avec RFI et la Cite internationale des arts à Paris, et destiné à mettre en lumière les nouvelles voix littéraires africaines. Pour la seconde édition, le jury a choisi sur les 350 manuscrits proposés Cave 72 du congolais Fann Attiki.

Trois jeunes amis, Verdass, Ferdinand et Didi, se retrouvent chaque jour à la Cave 72, un bar, refuge idéal où ils oublient leur quotidien où tout semble gouverné par l’absurde : les tracasseries administratives, les décisions politiques, les lois, les raisons des guerres, l’amour et les divorces, la passivité apparente des hommes face à la dictature… Ils discutent, boivent, récitent des poèmes et rentrent chez eux sans avoir fait de mal à quiconque. Ils sont innocents de tout. Et c’est pour cette raison qu’un homme, secrétaire au conseil national de sécurité, va faire d’eux les coupables désignés d’un complot contre l’Etat et le Président, guide providentiel de la nation. Ils deviennent des héros malgré eux, obligés de se défendre, de s’opposer à l’injustice de leur condamnation, les héros de leur propre vie sortie de la routine et de l’ennui, les héros d’un peuple qui a pris l’habitude de tolérer l’oppression et qui soudain se soulève, brave l’armée, réclamant la libération des trois jeunes et la réouverture de la Cave 72 devenu l’emblème de la résistance.

Un premier roman qui mêle l’enquête, le roman satirique, la fable, où l’humour et la poésie tiennent une place centrale, porté par un style magnifique qui rappelle le choc littéraire que furent Verre cassé d’Alain Mabanckou et Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila.

Ce que j’en dis …

Je peine à m’extasier sur les prix littéraires tant ils me semblent parfois dépourvus de signification au regard des romans qu’ils promeuvent.

Mais ce prix, Voix d’Afriques, me semble doté d’une nature plus utile, plus probe j’espère, plus intéressante en somme. Parce que la littérature francophone a parfois des aspects d’entre-soi, une allure franco-française réductrice quand on pense à tout ce qu’englobe la francophonie.

Il est donc agréable de lire de la littérature française qui ne soit pas hexagonale et sous ce rapport, Cave 72 m’a procuré un premier enchantement.

La cave en question ne se situe donc pas dans un sous-sol mais sur le trottoir, elle constitue la version congolaise du bistrot du coin et bien que je n’en soit pas adepte, j’aime beaucoup l’ambiance que ce lieu particulier distille dans la littérature ou au cinéma.

Fann Attiki écrit avec beaucoup d’humour et de légèreté comment la population congolaise compose avec un pouvoir politique de proximité, un pouvoir instable, paranoïaque et inquiétant. Il montre aussi la spontanéité des révolutions qui aussi éphémères soient-elles portent en leur soudaineté un vent de liberté illusoire mais rafraichissant.

Cave 72 ne se propose pas comme une fable politique mais elle l’est probablement.

Elle est surtout une fenêtre ouverte sur un pays vivant, sur un potentiel humain qui peine à se faire connaître et c’est donc avec une totale légitimité que Fann Attiki peut revendiquer son prix littéraire pour ce roman plein d’humanité qu’il fait bon lire.

Cave 72, de Fann Attiki est édité par JC Lattès.

Le livre broché de 239 pages coûte 19€.

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