Le principe de réalité ouzbek, de Tiphaine Le Gall

Un récit épistolaire à une voix. Non pas un échange de lettres donc, mais une seule lettre, comme une confession en même temps qu’une exigence, rédigée dans un français exquis à la musicalité entêtante.

Le résumé

« Madame,

J’ai bien reçu votre lettre datée du 5 avril m’informant que ma candidature au poste de professeur de français et de philosophie au lycée de Tachkent (Ouzbékistan), en dépit de ses nombreuses qualités, n’avait pas été retenue. J’ai pris acte de vos regrets et de votre respect profond. Je suis cependant moi-même au regret le plus sincère de vous informer que je ne peux accepter votre refus. Ma décision est irrémédiable : je prendrai le poste, il faut que vous en soyez convaincue. » Car il existe certaines circonstances qui imposent qu’une femme d’une trentaine d’années s’embarque avec son mari et ses deux enfants dans l’aventure de l’exil en terre ouzbèke.

Tiphaine Le Gall, dans ce roman épistolaire à une seule voix, nous raconte un rêve d’ailleurs et de renouveau. Au fil de cette lettre inattendue et sensible se dessinent les hésitations et les espoirs d’une jeune femme partagée entre les élans de son coeur et ses doutes, résolue à faire de sa vie un roman. »

Ce que j’en dis …

Ce livre qui est sorti au début de la rentrée littéraire 2022 (fin août) aurait pu m’échapper si mon instinct de collectionneur ne m’avait rappelé à l’ordre. J’avais lu tous les autres titres de La Manufacture de livres de la rentrée, il ne me manquait que celui-là.

Je remercie donc ici publiquement ce qui la plupart du temps est un écueil chronophage, cet instinct de collectionneur, donc, qui m’a permis de lire cette pure petite merveille de sensibilité qu’est Le Principe de réalité ouzbek.

Oui, ce livre est une pure petite merveille de sensibilité, je le répète haut et fort. La plume est magnifiquement déliée, le verbe est précis et d’une richesse exquise à tel point que les mots m’en manquent pour dire la qualité de ces écrits. Mais je vais essayer néanmoins.

D’abord, saluons le caractère inédit de la démarche : faire d’une simple lettre un roman. Vous avez-dit casse-gueule ? Le roman épistolaire est déjà en soi un exercice périlleux. Mais je me réjouis, après Cher Connard et Sel et Sable de lire encore une fois un roman épistolaire réussi pour cette étonnante rentrée littéraire 2022. Mais autant les deux premiers étaient différents l’un de l’autre, autant celui-ci est encore radicalement différent des deux premiers.

Il y a, concevons-le, quelque-chose d’hypnotique à lire un monologue de plus de 200 pages. Mais il s’agit là d’une hypnose bienfaisante qui nous permet de plonger non pas en nous-même mais au coeur de la rédactrice. Elle nous livre ses pensées, ses états d’âme et son intimité avec une grâce jamais altérée par quelque vulgarité que ce soit. Quand bien même elle évoque des thèmes sordides tels que l’infidélité conjugale, elle le fait avec tellement de hauteur que l’aspect charnel du sujet s’évanouit, laissant totalement la place à l’aspect intellectuel, sentimental, voire sociologique (je n’ose pas dire philosophique) de la chose.

Ainsi, point de laideur, là même où elle ne manquerait pas de poindre sous une plume moins talentueuse.

Tiphaine Le Gall va même jusqu’à aborder le pouvoir de la pensée et l’égalité de sa puissance pécheresse comparativement à l’action, rappelant le Sermon sur la montagne : « Mais moi je vous dit que celui qui continue de regarder une femme au point de la désirer a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur. »

Ce que Jésus dit en une phrase, Tiphaine Le Gall, dont la rédactrice du Principe de réalité ouzbek se réclame de l’athéisme, le dissèque sous toute les coutures à tel point qu’on ne sait bientôt plus si les faits ont eut lieu ou pas puisqu’en définitive la question est ailleurs.

Tiphaine Le Gall montre la profondeur des sentiments, leur prégnance et la façon dont ils guident nos vies, qu’ils donnent lieu ou pas à des actes.

Cette intériorité offerte au fil des pages est un cadeau auquel le lecteur ne restera pas insensible.

Le Principe de réalité ouzbek, de Tiphaine Le Gall est édité par La manufacture de livres.
Le livre broché de 224 pages est vendu 18,90€.
Paru le 18 août 2022.

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