L’archiviste, d’Alexandra Koszelyk

Brûlant d’actualité, ce roman plein de poésie et d’onirisme nous plonge dans une Ukraine occupée par la Russie et dévoile les enjeux culturels de cette guerre d’expansion territoriale et identitaire.

Le résumé

K est archiviste dans une ville détruite par la guerre, en Ukraine. Le jour, elle veille sur sa mère mourante. La nuit, elle veille sur des œuvres d’art. Lors de l’évacuation, elles ont été entassées dans la bibliothèque dont elle a la charge. Un soir, elle reçoit la visite d’un des envahisseurs, qui lui demande d’aider les vainqueurs à détruire ce qu’il reste de son pays : ses tableaux, ses poèmes et ses chansons. Il lui demande de falsifier les oeuvres sur lesquelles elle doit veiller. En échange, sa famille aura la vie sauve. Commence alors un jeu de dupes entre le bourreau et sa victime, dont l’enjeu est l’espoir, espoir d’un peuple à survivre toujours, malgré la barbarie.

Ce que j’en dis …

K et l’homme au chapeau semblent tout droit tirés du répertoire kafkaïen.

En fait, L’Archiviste est bourré de références.

D’abord il m’a fait penser à ce roman d’Antoine Bello intitulé Les falsificateurs. Toutefois, ici nous n’avons pas affaire à un Consortium de Falsification du Réel d’ampleur internationale dont on mettra longtemps à comprendre les intérêts.

De façon très pragmatique, Alexandra Koszelyk pointe du doigt une Russie agressive et dévorante et montre les manipulations très politiques que recèlent ses méthodes d’appropriation culturelles.

Qu’est-ce qui fait l’identité d’une nation sinon sa culture ? Et celle-ci ne se résume pas à la langue, au folklore et à la gastronomie mais aussi à l’art et c’est cet aspect particulier du patrimoine culturel, et donc identitaire, qui est abordé dans L’Archiviste par le biais d’une démarche onirique bien ancrée dans une réalité insoutenable.

Ce roman d’un grande puissance évocatrice m’a personnellement permis de bénéficier d’un éclairage subtil sur des oeuvres que j’avais trouvées marquantes lorsque je les ai découvertes au début des années 90 ou à la fin de la décennie précédente.

Il s’agit du roman Les âmes mortes de Nicolas Gogol dont le contexte politique m’avait totalement échappé et d’une exposition sur l’art naïf russe que j’avais eu le plaisir de visiter à la Maison des Cultures du Monde.

J’avais été frappé en plein coeur par la beauté de cette peinture pour laquelle je garde encore une tendresse particulière et un véritable penchant artistique. Mais là encore, je ne mesurais nullement ce que cette forme d’expression avait de transgressif.

En lisant L’Archiviste, j’ai vraiment eu ce sentiment que ma conscience s’affinait au fil des pages, que mes yeux se décillaient progressivement. Non pas sur la brutalité de la Russie, mais sur ce que l’intime possède d’universel, sur le pouvoir de l’art et de la culture en général.

Il y a sans doute de nombreux niveaux de lecture pour aborder ce roman marquant. Pour ma part, j’ai été profondément édifié et instruit par Alexandra Koszelyk et je l’en remercie sincèrement.

L’Archiviste, d’Alexandra Koszelyk est édité par Aux Forges de Vulcain.
Le livre broché de 268 pages est vendu 18€.
Paru le 7 octobre 2022.

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